mardi 27 décembre 2011

«L'État et les banques, les dessous d'un hold-up historique» par Myret Zaki et Etienne Chouard

mardi 20 décembre 2011

Salah est enfin libre!

Bienvenue parmi les tiens, Salah! 

6 ans que le jeune français (et pas "franco-palestinien", il n'a qu'un seul passeport) Salah Hamouri croupit dans les cachots des prisons politiques israéliennes dans l’indifférence quasi-générale des médias de son pays (à part l'Huma), somptueusement ignoré de son propre gouvernement.
L'acteur François Cluzet avait même interpellé Copé sur France 2 à son sujet, en vain, bien sûr.
6 ans que son comité de soutien se bat avec ténacité contre ce silence scandaleux.

Entendu hier matin sur France Inter :"...la libération a été possible grâce au soutien du Quai d'Orsay et du président Sarkozy..."

Non, ne riez pas, Il sont tout à fait sérieux.

dimanche 11 décembre 2011

Roulements de tambour contre l'Iran. Mais qui donc est en train de jouer ?

Terry Jones

Le 14ème siècle a connu deux grandes épidémies. L’une fut celle de la peste noire et l’autre fut celle de la commercialisation de la guerre.

Il y a toujours eu des mercenaires, mais sous le règne d’Edward III, ils devinrent le pilier de l’Armée Anglaise, au cours des vingts premières années de ce qui allait devenir la Guerre de Cent Ans. Quand Edward signa le Traité de Brétigny en 1360 et qu’il dit à ses soldats d’arrêter le combat et de rentrer chez eux, beaucoup d’entre eux n’avaient pas de chez eux où rentrer. Ils s’étaient habitués à combattre et c’est ainsi qu’ils savaient gagner leur vie. Alors, ils se constituèrent en armées indépendantes, appelées très justement « compagnies libres », et commencèrent à écumer la France en pillant, tuant et violant.

Une de ces armées s’appelait « La Grande Compagnie ». Elle totalisait, selon une estimation, 16 000 soldats et était de fait plus nombreuse que toute autre armée nationale de l’époque. Elle alla attaquer le pape à Avignon et le pris en otage. Le pape commit l’erreur de payer les mercenaires avec de grosses sommes d’argent, ce qui eu pour conséquence de les inciter d’avantage à poursuivre leurs pillages. Il leur suggéra également de passer en Italie où ses plus grands ennemis, les Visconti, étaient à la tête de Milan. Ils s’exécutèrent sous la bannière du Marquis de Monferrato, là encore subventionné par le pape.

Le cauchemar venait de commencer. Seule la peste fût plus catastrophique que ces énormes armées de brigands qui se déchaînèrent à travers l’Europe. C’était comme si le Génie était sorti de sa bouteille et qu’il était désormais impossible de l’y faire rentrer. La guerre venait de devenir une affaire rentable. Les villes-États italiennes s’appauvrirent au fur et à mesure que l’argent des contribuables servait à payer les « compagnies libres ». Et comme ceux qui tiraient leur subsistance de la guerre souhaitaient naturellement pouvoir continuer à le faire, on n’arrivait plus à en voir le bout.

Projetons-nous environ 650 ans plus tard. Les États-Unis, sous George W. Bush, ont décidé de privatiser l’invasion de l’Irak en ayant recours à des « entrepreneurs » privés comme Blackwater, désormais rebaptisé Xe Services. En 2003, Blackwater gagna sans appel d’offre un contrat de 27 millions de dollars pour la protection de Paul Bremer, alors à la tête de l’Autorité de la Coalition Provisoire. Pour la protection des fonctionnaires dans les zones de conflit depuis 2004, la société a reçu plus de 320 millions de dollars. Et, cette année, l’administration Obama s’est engagée à payer à Xe Services 250 millions de dollars pour assurer la sécurité en Afghanistan. Et il ne s’agit que d’une société parmi tant d’autres qui tirent leurs profits à partir de la guerre.

En 2000, le Project for the New American Century a publié le rapport Rebuilding America’s Defenses, dont le but avoué était d’accroître les dépenses de défense de 3 % à 3.5 %, ou 3.8 % du Produit Intérieur Brut américain. En fait, elles représentent désormais 4.7 % du PIB. Au Royaume Uni, nous dépensons environ 57 milliards de dollars par an pour la défense, ou 2.5 % du PIB.

Tout comme les contribuables des villes-états de l’Italie médiévale, nous voyons notre argent détourné dans le business de la guerre. Toute société responsable se doit de faire des profits pour ses actionnaires. Au 14ème siècle les actionnaires des « compagnies libres » étaient les soldats eux-mêmes. Si la compagnie n’était pas engagée par l’un pour faire la guerre à l’autre, les actionnaires étaient contraints de renoncer à leurs dividendes. Alors Ils devaient chercher à créer des marchés par leurs propres moyens.

La « White Company » de Sir John Hawkwood offrait ses services au Pape ou à la ville de Florence. Si tous les deux refusaient son offre, Hawkwood faisait simplement une offre à leurs ennemis. Comme Francis Stonor Saunders l’écrit dans son remarquable ouvrage Hawkwood – Diabolical Englishman : « La valeur de ces compagnies était purement négative, et résidait uniquement dans leur capacité à maintenir l’équilibre des forces militaire entre les cités » Exactement comme ce qu’il s’est passé durant la Guerre froide.

Il y a deux décennies, je suis tombé sur une revue interne de l’industrie de l’armement. Son éditorial s’intitulait « Merci Dieu pour Saddam ». Il expliquait que depuis la chute du communisme et la fin de la Guerre froide, les carnets de commande de l’industrie de l’armement étaient vides. Mais que désormais il y avait un nouvel ennemi, et que l’industrie pouvait se réjouir de cette aubaine. L’invasion de l’Irak s’est faite sur un mensonge : Saddam n’avait pas d’armes de destruction massive, mais l’industrie de la défense avaient besoin d’un ennemi et les politiciens lui en ont fourni un.

Et maintenant, les mêmes tambours de guerre, encouragés par l’assaut de l’ambassade britannique à Téhéran la semaine dernière, résonnent pour une attaque contre l’Iran. Seymour Hersh écrit dans le New Yorker : « On tient maintenant la comptabilité exacte de tout l’uranium faiblement enrichi produit en Iran ». Le récent rapport de l’IAEA, qui a provoqué un tel tollé contre les ambitions nucléaires de l’Iran, continue-t-il, « ne contient rien qui prouve que l’Iran est en train de développer des armes nucléaires ».

Au 14ème siècle c’était l’Église qui vivait en symbiose avec le militaire. Désormais, ce sont les politiciens. Le gouvernement états-unien a dépensé en 2010 un montant astronomique de 687 milliards de dollars pour la « Défense ». Imaginez ce qu’on pourrait faire avec cet argent s’il était mis dans les hôpitaux, les écoles ou pour rembourser les prêts hypothécaires et ainsi éviter les expulsions.

Le président Dwight D Eisenhower avait saisit l’occasion lors de son fameux discours d’adieu à la nation de 1961, pour mettre en garde ses concitoyens face au danger d’autoriser des relations trop proches entre les politiciens et l’industrie de la défense.

« Cette conjonction d’une immense institution militaire et d’une énorme industrie de l’armement est un fait nouveau en Amérique » disait-il. « Au sein des conseils gouvernementaux, nous devons donc nous garder de toute influence injustifiée, qu’elle ait ou non été sollicitée, exercée par le complexe militaro-industriel. Le risque potentiel d’une désastreuse ascension d’un pouvoir illégitime existe et persistera. »

Et il existe encore. Le Génie est sorti de la bouteille, à nouveau.

Terry Jones (scénariste, acteur et réalisateur, membre des Monty Python.)

Trad. : Réseau Voltaire

vendredi 9 décembre 2011

Bourdin 2012 : Emmanuel Todd



«Soit la monnaie unique ne se fait pas, et L'Invention de l'Europe apparaîtra comme une contribution à la compréhension de certaines impossibilités historiques.
Soit la monnaie unique est réalisée, et ce livre permettra de comprendre, dans vingt ans, pourquoi une unification étatique imposée en l'absence de conscience collective a produit une jungle plutôt qu'une société».
Emmanuel Todd, Novembre 1995
(préface à la réédition de "L'invention de l'Europe")

lundi 5 décembre 2011

Echos de la Chute finale : Il avait 22 ans... Elle en avait 12...


 Un article de Tom Englehardt (TomDispatch)
 
Extrait :
[...]souvenez-vous des grands espoirs de Washington il y a seulement 10 ans : les divisions "légères" engendreraient "shock and awe" (terreur et effroi), ne feraient qu’une bouchée de l’ennemi, réorganiseraient le Moyen Orient, créeraient un nouvel ordre mondial, feraient couler le pétrole à flot, privatiseraient et reconstruiraient des pays entiers, et instaureraient une paix globale, spécialement au Moyen Orient, qui conviendrait en tous points a la seule superpuissance de la planète.
Le fait que de telles "espérances" démesurées aient reçu alors le sceau de Washington, illustre à quel point les illusions ont pu passer pour des stratégies et comment les dirigeants de toutes sortes les ont considérées comme la réalité. Et pourtant il n’y a rien d’étonnant à ce qu’une "politique étrangère" à la pointe de l’épée commandée par une armée d’une puissance technologique écrasante se révèle incapable de construire quoi que ce soit. Personne ne devrait être surpris qu’une telle armée ne soit bonne qu’à accomplir ce pourquoi elle a été faite, c’est à dire tuer et détruire.[...]

jeudi 17 novembre 2011

Echos de la chute finale : Sgt Thomas Vs NYPD


Sgt Thomas face à la tyrannie des policiers par rikiai
Aux États(soit-disant)Unis d'Amérique, le sacro-saint "American Dream" a du plomb dans l'aile. Ce n'est plus un secret pour personne, à part, bien entendu les sempiternels spécialistes-contempteurs, telle l’inénarrable Michelle Bacharan, omniprésents dans nos médias français de masse.

Des clients en colère décident un peu partout d'aller clôturer leur comptes en banque en signe de défiance envers la dictature des institutions financières. Ici, des clients de la Citibank se retrouvent séquestrés par la police de New York à l'intérieur de l'agence. Certains tentent de s'enfuir, d'autres de communiquer leurs noms et adresses à ceux restés à l'extérieur. C'est là qu'intervient le Sergent Shamar Thomas de l'US Army, qui, du haut de sa stature imposante et de sa voix tonitruante va renverser le rapport de force, mettre en déroute la maréchaussée new-yorkaise, libérer les protestataires séquestrés et nous donner au passage une belle leçon de vie.

Merci Sgt Thomas.

lundi 14 novembre 2011

Arno Klarsfeld, les Roms et les Marocains juifs


Par Dedefensa.org

L’avocat Arno Klarsfeld vient de proférer fin octobre, il y a peu de semaines, une éternité pour nous autres à l’opinion orientée selon le vecteur des petites phrases, une évidence qui non interrogée fera office de vérité aisément assimilable, slogan déflecteur de faits historiques ensevelis sous les récits d’une alliance hellène et les décombres encore fumants d’une Troie vaincue.

L’immigration de populations pauvres a pour corollaire la délinquance dans le pays receveur. Voici la thèse.

Selon l’avocaillon Klarsfeld, c’est le cas des Roms en France comme ce fut le cas des Marocains juifs en Israël.

Même si l’ignorance a été élevée au rang de vertu par l’ équipe politique dirigeante en France, rappeler les quelques éléments connus de cette saignée des juifs arabes vers l’entité sioniste au milieu du siècle dernier, ses circonstances et ses buts dépeindra sous un jour mal connu car expurgé du calendrier occidental le fait colonial israélien.

Les sources convergent pour appuyer qu’au lendemain de l’indépendance du Maroc en 1956 Mohamed V avait interdit aux juifs marocains de rejoindre la Palestine occupée. Le fils de Moulay Youssef, le sultan de substitution intronisé par la Régence de Lyautey, Mohamed qui deviendra le cinquième est connu pour s’être opposé au port de l’étoile jaune par ses sujets juifs sous les Vichyssois. Mais il ne pouvait ignorer la solidarité panarabe qui avait entouré le mouvement de libération marocain et lui avait permis son retour sur le trône. Elle recommandait de s’opposer à la colonisation de la Palestine par des européens juifs qui se déclaraient athées et socialistes.

De plus, Mohamed V souhaitait la présence de tous ses sujets pour la construction d’un Maroc nouveau et libéré, les juifs, souvent éduqués par l’alliance israélite universelle fondée par Isaac Adolphe Crémieux (1), le même qui ministre de la Justice en 1870 avait donné par décret la nationalité française aux juifs d’Algérie.
Le régime de Tel Aviv malgré l’épuration ethnique réussie par le plan Dalet (2) n’avait pas obtenu une majorité démographique juive dans les territoires conquis militairement sur les Palestiniens. Ses appels à la montée en Israël des juifs occidentaux ne trouvant pas d’échos, des opérations de psy-op bien documentées maintenant et de la plus pure veine du terrorisme de l’État sioniste furent menées en Irak et en Égypte. Elles ont visé à paniquer les Juifs arabes des pays de la première ceinture en faisant exploser des bombes dans leurs lieux de rencontre pour les convaincre de s’exiler.

Comment disposer de la réserve des 300 000 juifs marocains gardés jalousement par la Maroc, pays de la deuxième ceinture ? En 1960, le sort du Maroc n’est pas scellé. Il pouvait encore évoluer vers une monarchie authentiquement constitutionnelle avec un gouvernement issu des urnes et responsable devant un Parlement élu. L’aile gauche du parti de l’indépendance était au pouvoir et l’on s’acheminait vers une politique économique d’inspiration socialiste. L’invention très pratique d’une tentative de coup d’État et d’assassinat du prince héritier a permis des arrestations massives et la restauration de la fraction conservatrice au commandement politique. Le Mossad entre à cette occasion dans les coulisses de la scène politique marocaine puisque que ce serait lui qui aurait ‘prévenu’ ou plus précisément intoxiqué Moulay Hassan. Depuis, celui qui devint Hassan II entretiendra les meilleurs rapports avec les sionistes patents ou non, en particulier avec ceux qui deviendront des figures du journalisme français, Jean Daniel et Anne Rosenberg Sinclair. Il était généreux avec ses conseillers en communication et toujours reconnaissant pour la ‘protection’ que lui concédait le régime sioniste.

La livre de chair exigée par le Mossad pour service rendu à Hassan ben Mohamed fut celle des cent mille juifs Marocains envoyés en Israël et qui versèrent chacun entre 50 à 150 $ pour leur droit de passage au couple Oufkir-Hassan.

Une fois arrivés sur la Terre promise d’après un vieux document qui atteste de son attribution divine à une tribu qui le reçut bel et bien mais qui n’a pas su le garder, les Arabes, leur qualité de juifs disparaît dès l’aéroport de Tel Aviv, sont reçus avec de touchants égards, une douche au DTT.

Deuxième marque de bienvenue, leur entassement dans des tentes de transit qui durent et au mieux leur installation dans des banlieues vite devenues des lieux de relégation, exactement à l’image des lieux de bannissement en France, où le nom, l’aspect de la peau et l’adresse rendent inapte au travail l’émigré.
Le juif séphérade a constitué la variable démographique d’ajustement pour l’économie israélienne, précarisée, niée dans son identité et prolétarisée. Le sépharade qui avait opté de rester dans son pays d’origine eut bien meilleure condition de vie. L’exemple le plus significatif d’une réussite marocaine juive est celle de Yoel Zaoui (4), patron de la Goldman Sachs Europe depuis 2004 (5). D’autres, dont le regretté Abraham Serfaty (6) furent des antisionistes convaincus et ne renièrent jamais leur marocanité en faveur d’une identité israélienne artificielle. Assidon Sion (7) secrétaire général de la section marocaine Transparency International appelle au boycott d’Israel.

Le cantonnement dans les ghettos des Marocains a conduit à l’éclosion de mouvements politiques radicaux. Dans le sillage des mouvements contestataires de gauche dans le monde des années soixante dix, les Panthères Noires israéliennes (8) se firent connaître par nombre d’actions spectaculaires dont la plus émouvante a été la distribution des bouteilles de lait destinées aux quartiers riches ashkénazes aux enfants de la plèbe juive arabe.

Arno Klarsfeld, entre deux poudrages de nez, pourra prendre le temps de voir un documentaire présenté sur une chaîne israélienne, Channel Ten, intitulé Les enfants de la Teigne (9) mis en scène par David Belhasen et Asher Hemias. Il expose comment furent irradiés pour les besoins de la recherche (déjà bioterroriste) américaine des milliers d’enfants exclusivement sépharades. Le gouvernement des US(a) aurait versé 300 millions de livres israéliennes par an pour que des doses de rayons X représentant des milliers de fois la norme admise soient délivrées sur le crâne d’enfants de migrants arabes juifs. Ils ont été odieusement sélectionnés dans des camps de vacances sous prétexte de soins contre un parasite fungique (10).
L’État au sein duquel les juifs du monde devraient se sentir en sécurité a reconnu sa responsabilité, cependant les indemnités versées aux victimes survivantes semblent attribuées avec parcimonie.

L’officier israélien Arno Klarsfeld a servi dans l’arme qui est directement impliquée dans la répression des Palestiniens, la Police des frontières. Il a donc bien le titre qui lui donne compétence à diriger un établissement public administratif français, l’Office de l’Immigration et de l’Intégration. En 2009, l’ANAEM, agence de l’accueil des étrangers et des migrations, change d’intitulé et de fonction et devient un office ou sous ministère de l’Intégration, en parfaite harmonie copiée et collée avec le Ministère de l’Intégration israélienne.
La machinerie française s’occupe vaillamment à sécréter de l’ennemi intérieur et/ou extérieur pour cimenter une identité très mal en point sous les assauts répétés de la finance sans frontière.

Badia Benjelloun

Ouverture Libre

Voir aussi : Israël invente l' Energy Drink ultime : Le Jus de fruits enrichi à l'uranium

vendredi 11 novembre 2011

11 novembre


The French soldiers are grand. They are grand. There is no other word to express it.
Arthur Conan Doyle, A visit to three fronts (1916)



vendredi 4 novembre 2011

Radioscopie avec Emmanuel Todd (1976)


Flashback : Nous sommes en 1976, Jacques Chancel reçoit le jeune historien Emmanuel Todd à l'occasion de la sortie de son ouvrage polémique "La chute finale" annonçant l'effondrement prochain de l'Union Soviétique.

jeudi 20 octobre 2011

Message du Comité de soutien à Salah Hamouri


Nicolas Sarkozy vient de déclarer qu’il « espérait que le franco-palestinien emprisonné fera partie de la seconde vague de libération. »

C’est intolérable.

Intolérable car Salah doit sortir de prison, selon le jugement, le 28 novembre et non pas le 18 décembre – date de la seconde vague. Sarkozy veut ajouter trois semaines de prison supplémentaires à Salah.

Intolérable car tout cela se trame dans le dos des parents de Salah qui ne demandent qu’une chose : que la France veille que cette date de sortie du 28 novembre soit bien respectée.

Intolérable car il met Salah en situation d’être arbitrairement expulsé de sa terre qui l’a vue naître et où il entend vivre.

Faisons entendre notre voix auprès du président : Salah doit sortir le 28 novembre. Un point c’est tout.

C’est à vomir…

http://salah-hamouri.fr/

vendredi 14 octobre 2011

Todd : « La dette publique est un mécanisme d’exploitation financière des biens publics »

Pour l’essayiste le plus corrosif de sa génération, la réduction des moyens alloués aux services publics est un élément fondamental de la baisse du niveau de vie des citoyens. Anticipant une disparition prochaine de l’euro, sous sa forme actuelle, il prône la mise en place d’un protectionnisme au niveau européen.

 

Que vous inspire, aujourd’hui, l’état des services publics en France?
Je pense que le débat sur les services publics va changer parce qu’il entre dans une phase nouvelle. Les gens vont comprendre que la grande campagne de réduction des déficits publics ne va pas se faire par l’aug- mentation des impôts, mais par la diminution des dépenses. Et la dimi- nution des dépenses, c’est la contraction des services publics. Les gens vont comprendre que la réduction du nombre des fonctionnaires consti- tue, en fait, une partie importante de la baisse de leur niveau de vie. Quand ils vont prendre conscience que la contraction des biens et des services mis à leur disposition par les hôpitaux, que la contraction du nombre de professeurs, d’enseignants et de bien d’autres choses encore, se traduit par la contraction de leur niveau de vie, le débat va un peu changer de nature.
Jusqu’à présent, on avait des libres-échangistes, des ultralibéraux ou des socio-libéraux qui nous soutenaient que le capitalisme actuel fait, certes, monter les inégalités mais qu’il demeure somme toute bénéfique pour tous, notamment avec un zeste de redistribution pour que tout le monde soit vraiment encore plus gagnant. Là, nous sommes en train d’entrer dans une phase tout à fait nouvelle, celle où cette pseudo-théorie économique s’avère totalement démentie par les faits, où la pression par les salaires extérieurs, par les délocalisations, devient telle que le niveau de vie de la grande partie de la population commence à baisser.
Simplement, cette baisse s’opère par plaques et les différents indicateurs qui permettent de la mesurer sont encore trop éparpillés, voire inadéquats: les critères du fameux panier de la ménagère sont compliqués et confus; on se focalise souvent sur le salaire moyen, alors qu’il faudrait davantage pren- dre en compte le salaire médian parce qu’il constitue une photographie plus fidèle de la réalité sociale.

En fait, la baisse du niveau de vie n’est pas seulement une question de stagnation du pouvoir d’achat, mais se mesure aussi à l’aune de l’environnement dans lequel
on vit?

Regardez ce qu’est la vie quotidienne d’un Français ordinaire. Un Français ordinaire a ou aura des enfants, il va les faire garder en crèche, les mettre à la maternelle puis à l’école primaire, etc. Tout cela constitue des dépenses prises en charge par la collectivité, auxquelles il n’aura pas à faire face. En fait, en termes de dépenses effectives ou de dé- penses que l’on n’a pas à faire, le système français d’enseignement constitue une par- tie très importante de notre revenu effectif. L’une des façons dont les démographes expliquent le taux élevé de fécondité qui nous distingue de tous les pays d’Europe (deux enfants par Française) tient essentiellement à l’accueil en maternelle. Or, ce nombre d’enfants par femme est ce qui nous permet d’affirmer que la France va exister dans la génération suivante. Et il en va de même pour la santé, pour l’hôpital.
En fait, ce n’est pas parce que des biens ne sont pas fournis sur le marché que ce ne sont pas des biens réels. Les gens ordinaires, ceux qui ont un travail, un revenu qui stagne ou qui baisse légèrement vont se rendre compte que la contraction de la dépense de l’État et du service public se traduit par une baisse de leur niveau de vie. En fait, cela prendra souvent l’aspect d’une baisse de la qualité de la vie: des écoles surchargées par les fermetures de classes et les suppressions de postes d’enseignants, des hôpitaux au bord de l’asphyxie qui ne parvien- nent plus à fonctionner convenablement… tout cela fait partie de la baisse du niveau de vie.
Mais nous n’en sommes qu’au tout début. Pour le moment, on ne peut rien dire de tragique sur la situation sanitaire ou démographique de la France; en revanche, il faut regarder avec intérêt ce qui se passe aux États- Unis, censés être l’eldorado des libéraux. Les États-Unis ont commencé à enregistrer, à diverses périodes, des hausses de la mortalité infantile et des baisses d’espérance de vie; en fait, les États-Unis sont déjà confrontés à des problèmes de santé liés au libéralisme. En France, on n’y est pas encore, on est au point d’inflexion et les dégâts de tout cela n’apparaîtront complète- ment que dans dix à trente ans. Mais on peut encore arrêter la dérive.

La remise en cause des services publics a souvent pris la forme d’attaques contre les agents publics, censés être pléthoriques et peu productifs.

D’abord, ça n’a jamais été vrai. Je suis fonctionnaire, donc je le sais très bien. L’une des choses que l’on constate lorsque l’on est dans la fonction publique, c’est que beaucoup de gens y travaillent énormément, ne comp- tent pas leurs heures, s’investissent dans leur mission parce qu’ils sont dans une autre logique que celle du marché. Il est totalement faux de croire que les agents publics ne travaillent que pour leur salaire.

Cette diminution des moyens alloués aux services publics intervient dans un contexte où la crise économique rend pourtant leur existence encore plus nécessaire. Comment expliquez-vous cet aveuglement de la part de l’État, censé représenter l’intérêt général?

Quand on analyse l’État, il y a toujours une difficulté qui tient à son caractère multiple, à cette sorte de bi-fonctionnalité, d’ambivalence fondamen- tale de l’État. Dans la réalité, l’État est tout à la fois l’expression de l’intérêt général, mais aussi l’agent de domination d’une classe sur une autre ou plutôt un point d’équilibre du rapport de force entre classes.
C’est la raison pour laquelle, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, la France était dotée d’un État qui collait
au plus près à sa fonction d’intérêt géné- ral, quelle que soit la couleur politique du gouvernement en place. Or, aujourd’hui, l’État redevient beaucoup plus fortement qu’avant un État de classe. Cela s’est parti- culièrement vu depuis l’irruption de la crise économique de 2008. On a vu alors des gouvernements s’agiter pour éviter l’effondrement des systèmes bancaires, pour relancer un peu la demande effective dans un contexte d’ef- fondrement de la demande mondiale, et donc beaucoup en ont conclu au grand retour de l’État et de l’économiste anglais Keynes. Terrible contre- sens! Pour Keynes, l’intervention de l’État visait à assurer l’équilibre général dans l’économie en regonflant la demande effective des pauvres ou des gens défavorisés. L’État agissait alors dans le sens de l’intérêt général et il pen- sait, en gros, que l’intérêt général passait par l’intérêt des masses ouvrières

Ce n’est plus le cas aujourd’hui?

À quoi assiste-t-on aujourd’hui? À un État qui a agi pour éviter l’effondre- ment du système, mais qui s’est mis au service des banques et des riches, sans contrepartie, en leur garantissant que leurs intérêts seraient pris en compte. La cause est entendue: plus personne ne croit sérieusement à l’efficacité du libéralisme économique; l’État doit intervenir. Mais cette intervention se fait prioritairement au service des riches! C’est ainsi démontré par James Galbraith, un économiste américain qui a écrit L’État prédateur –un livre magistral que je recommande à tout le monde–, dans lequel il explique comment les États-Unis d’aujourd’hui sont tombés sous la coupe d’une «classe prédatrice», financièrement aisée et qui contrôle le gouvernement.
Il faut absolument percer, dévoiler la nature de classe de l’État qui est en train d’apparaître et le type de gestion qui va avec. Par exemple, le véritable enjeu du débat sur la dette est en fait assez clair: la fraction du budget de l’État consacrée au service de la dette n’est rien d’autre que la fraction du budget de l’État consacrée au service des riches. Il s’agit de redonner encore plus d’argent à ceux qui en ont déjà trop, qui possèdent des titres, des em- prunts d’État et auxquels il faut servir un intérêt. La dette publique, censée plomber les comptes de l’État, fait pleinement partie d’un mécanisme d’exploitation financière des biens publics par les classes supérieures, au même titre que les privatisations ou la vente des bâtiments de l’État.

La création de la Banque centrale européenne obéit-elle à la même logique?

C’est une erreur de croire que la Banque centrale européenne (BCE) n’est pas l’État car les fonctions monétaires d’une banque centrale sont des fonctions d’État, tout comme ses décisions, son fonctionnement et même sa création. Dans le cas de la BCE, il s’est agi de mettre en place une structure dite indépendante –comprenez indépendante de la souveraineté populaire–, sous domination allemande, dont la mission est de protéger l’argent des riches, notamment en combattant l’inflation.
Je le dis clairement: je ne suis pas marxiste. J’ai toujours affirmé que le développement économique dépendait surtout de l’élévation autonome du niveau édu- catif consécutive aux révolutions religieuses du XVIe siècle. J’ai toujours été une sorte d’hégélien empirique, mettant l’esprit humain au-dessus de l’économie, en me disant que celle-ci n’était que la projection, dans le domaine de la production, des progrès de l’intel- ligence humaine. Dans mes modèles, j’essaye d’expli- quer que les idéologies politiques sont aussi le produit de déterminants familiaux sous-jacents, ce qui n’est guère marxiste. Et pourtant, je ne peux que constater que l’observation attentive du système économico-politique français et de ses déterminants culturels etanthropologiques redonne toute son utilité à l’analyse marxiste en termes de rapports de force, de classes et d’exploitation.

Vous êtes partisan d’un protectionnisme au niveau européen, ce qui n’est pas vraiment un raisonnement marxiste…

Effectivement, l’une des bêtes noires de Marx, c’était Friedrich List, le grand théoricien du protectionnisme. Le protectionnisme consiste à prendre un espace défini –national ou plurinational– dans lequel, finalement, tout le monde est protégé; même si le protectionnisme a des effets différentiels sur les groupes sociaux car il favorise avant tout les ingénieurs, les ouvriers par rapport aux financiers. Dans le protectionnisme, sont présentes les notions de territoire et de solidarité des classes, ce qui s’oppose à l’idée que la lutte des classes est la chose fondamentale. En fait, le protectionnisme met le groupe, au sens national, au-dessus des classes avec, implicitement, l’idée de réconciliation de toutes les classes et de tous les groupes sociaux. À l’exception de l’oligarchie financière, qui a tout à y perdre.

On associe souvent le protectionnisme avec l’idéologie de la préférence nationale chère à l’extrême-droite.

C’est un mauvais procès, qui découle d’un amalgame malhonnête, et ceux qui s’y livrent ne sont souvent pas dénués d’arrière-pensées. Mais l’essen- tiel est ailleurs. L’extrême-droite ne peut pas soutenir sérieusement l’idée protectionniste pour au moins deux bonnes raisons. Tout d’abord, si le protectionnisme protège globalement la quasi-totalité de la collectivité (sauf le monde de la finance et de la rente), ceux qui sont aujourd’hui tout en bas de l’échelle sociale, les ouvriers à bas salaires ou les gens qui ont des difficultés économiques, en seraient les premiers bénéficiaires. À commen- cer par les enfants d’immigrés qui sont, hélas, omniprésents dans les fonctions à bas salaire.
De surcroît, la mise en place du protectionnisme dans un espace délimité se traduirait par une élévation des revenus de l’ensemble de la société et cette opposition absurde entre Français d’origine étrangère et Français d’origine française plus ancienne serait comme abolie, puisque les deux seraient protégés ensemble.
En fait, les idéologies xénophobes prospèrent précisément grâce au libre- échange, qui est une logique de la mise en concurrence de tous avec tous. Loin du discours dominant selon lequel il signifierait la paix et le doux commerce entre nations, le libre-échange se caractérise au contraire par la guerre économique à tous les niveaux. Les grosses puissances économiques s’affrontent aux petites mais aussi entre elles et cette logique de concur- rence se propage à tous les niveaux. Ainsi, l’Europe cherche tant bien que mal à tirer son épingle du jeu au niveau mondial, mais connaît aussi, en son sein, une division entre États membres et une résurgence des oppositions entre nations. Et celles-ci sont également traversées par des oppositions entre les groupes sociaux qui les composent.
Par exemple, l’idéologie libérale va stigmatiser les fonctionnaires, censés bénéficier d’un emploi à vie et ainsi être protégés des aléas du marché; elle va instaurer un clivage entre les fonctionnaires et le reste de la population. Or, la proposition protectionniste, parce qu’elle met en place, au niveau des frontières, des mesures protectrices qui bénéficient à tous, fait tomber cette opposition entre privé et public. Elle vise à recréer un espace protégé dans lequel les salaires des ouvriers, des employés et des classes moyennes du secteur privé augmenteront et dans lequel la fonction publique ne sera pas perçue comme une sorte de corps étran- ger privilégié, mais simplement comme une partie de la totalité sociale.

Comment analysez-vous la façon dont est posé le débat sur les grandes options économiques ?

Avec plusieurs économistes, nous avons fait réaliser un sondage qui met en lumière le fait que 80% des Français sont favorables à la mise en place d’un protectionnisme au niveau européen et qu’ils sont même 57% à le souhai- ter sur le plan national, si l’Europe reste inerte. L’enquête d’opinion com- portait également des questions sur les grands enjeux économiques actuels. Par exemple, les personnes interrogées ont parfaitement compris les méca- nismes de la mondialisation, les délocalisations, la pression sur les salaires et la contraction de la demande globale qui en découlent.
Mais au fur et à mesure que l’on quitte la sphère de la production réelle pour aborder les problèmes monétaires, bancaires, ceux relatifs à la créa- tion de monnaie ou aux taux d’intérêt, le degré de compréhension dimi- nue. C’est clairement le cas pour ce qui est du débat sur la dette publique: il y a une confusion entre le budget de l’État et le budget privé d’un mé- nage et la plupart des gens ignorent qu’un État –contrairement à un mé- nage– peut créer de la monnaie (à condition qu’il décide de récupérer cette prérogative, bien sûr), que les banques, simplement en prêtant de l’argent,réent aussi de la monnaie. S’ensuivent tout un tas de croyances qui posent quand même question. En matière d’inflation, la plupart des gens pensent qu’avoir une monnaie qui perd un peu de sa valeur chaque année est un problème, et ceux qui soutiennent le contraire risquent d’être perçus comme un peu loufoques. Mais ils oublient qu’à l’époque où l’inflation était forte, durant les Trente Glorieuses, ils vivaient beaucoup mieux, ne serait-ce que parce que l’inflation grignotait leurs emprunts et leurs dettes. Les principaux bénéficiaires de l’inflation sont les emprunteurs et les premières victimes sont ceux qui vivent de leurs rentes. Voilà pourquoi Keynes disait que l’inflation était «l’euthanasie des rentiers», et ce n’est pas un hasard si les statuts de la Banque centrale européenne lui assignent pour objectif la lutte contre l’inflation..

Cette difficulté d’appréhension s’explique-t-elle en fonction du niveau social ?

Absolument pas. Beaucoup de gouvernants, y compris parmi ceux qui ont été ministres de l’Économie et des Finances, ne maîtrisent pas les méca- nismes monétaires et se contentent de reprendre les fiches préparées par leurs services. Dans le même registre, je pense que Jean-Claude Trichet, par exemple, a une vision extrêmement limitée de l’éco- nomie et de ses marges de manœuvre –ce qui le réduit au rôle d’idiot utile. Les hauts fonction- naires de Bercy utilisent le théorème du bocal de cornichons: selon eux, tout corps étranger plongé dans un bocal de cornichons finira, tôt ou tard, par devenir lui-même un cornichon; ce n’est qu’une question de temps. En langage décodé, cela signifie que n’importe quelle per- sonne qui se retrouve nommée ministre du Budget ou de l’Économie, quelle que soit sa conception politique, finira par épouser la pensée dominante, celle véhiculée par la haute administration qui dirige, de fait, le ministère. La métaphore me plaît d’autant plus qu’elle implique que les hauts fonctionnaires de Bercy sont des cornichons qui dirigent sans comprendre et qui sont donc, eux-mêmes, dominés!

Pour le coup, il s’agit d’une conception très marxiste selon laquelle l’idéologie dominante est l’idéologie de la classe dominante…

Oui, mais ce qui est inaccessible au marxisme, ce sont les situations où les classes dominantes ne sont même plus capables de percevoir leur intérêt tant elles sont égarées dans l’Histoire. Et nous sommes précisément plongés dansun tel contexte: il est évident que l’accumulation de l’argent telle qu’elle se produit aujourd’hui n’a plus aucun sens. Nos classes dirigeantes ont construit une monnaie unique qui ne peut pas fonctionner, qui est au bord de l’explo- sion. L’euro va disparaître car il est, sous sa forme actuelle, condamné et les classes dirigeantes commencent à le pressentir, ce qui les rend si nerveuses. Du reste, ce constat que les gens d’en haut ne savent plus où ils en sont est peut-être ce qui est le plus angoissant dans la situation actuelle.

Les classes dirigeantes n’ont-elles pas intérêt à sauver l’euro?

Même si la préservation de l’euro est l’intérêt des classes dirigeantes, celles-ci ne parviennent pas à le sauver car il existe des forces historiques qui sont plus puissantes qu’eux. Une classe dirigeante n’est pas maître du monde et de la réalité. Vous pouvez toujours décider que les diffé- rences entre pays euro- péens –qu’elles soient économiques, histo- riques, sociologiques, culturelles ou que sais-je encore– sont marginales, que la mise en place d’une monnaie unique va, tel un deus ex machina, homogénéiser l’Europe. Mais la réalité est tout autre, les différences demeurent et, pour ne prendre que cet exemple, le taux de natalité est de deux enfants par femme en France et de 1,3 en Allemagne. Et l’euro accentue au contraire ces divergences, tout en produisant des dysfonction- nements en cascade. L’Allemagne s’est adaptée en faisant de la zone euro, qui ne peut plus se défendre par la dévaluation, une aire privilégiée pour ses exportations, tout en délocalisant une partie de sa production dans la partie de l’Europe qui n’appartient pas à la zone euro. Ce faisant, elle génère des problèmes de déficits commerciaux et publics supplémentaires dans tous les pays de la zone euro, qui sont pourtant censés être les parte- naires de l’Allemagne et avoir les mêmes intérêts.

Le fait national ne serait donc pas soluble dans le libre-échange?

En fait, le concept national finit toujours par se rappeler au bon souvenir de ceux qui avaient décidé de l’ignorer ou qui le tenaient pour mort et enterré. C’est une donnée presque mystérieuse: la France n’existe pas qu’à travers son État. Elle vit aussi en tant que système constitué de multiples paramètres de mœurs, de langue, de rapports entre hommes et femmes. Ce système est en fait très solide et même les pires partisans du libre- échange et de la mondialisation y appartiennent, qu’ils le veuillent ou non. Lorsque les classes dirigeantes françaises finissent par n’être attachées qu’aes projets supranationaux, par se raconter que la France n’existe plus, elles souffrent en fait d’un vrai problème d’identité nationale, beaucoup plus réel et grave que celui dont on affuble les enfants d’origine étrangère et musulmane. Même en s’affrontant à la police dans les banlieues, les en- fants d’immigrés sont pleinement français. En ne basculant pas véritable- ment dans la guerre civile, ils montrent qu’ils sont des petits Français très semblables aux enfants de bourgeois qui manifestaient dans les rues de Paris en 1968. Il n’en va malheureusement pas de même pour les classes dirigeantes, dont une large proportion a pour tradition de trahir son pays.

Comment expliquez-vous ce décalage entre le discours officiel et la réalité sociologique de la société française ?

La situation historique actuelle est difficile à saisir car elle est paradoxale. Elle intègre toute une partie de la période précédente qui était, somme toute, plutôt gentille, apaisée. Mais au-delà, la réalité sous-jacente de la société révèle une montée de la violence, notamment au niveau des rapports économiques. Or, cette violence va forcément finir par émerger de façon visible. Par exemple, la question de la dette publique et du poids des mar- chés est quelque chose de très violent. Il suffit d’observer le sort de la Grèce, qui se retrouve en situation
coloniale, sommée de ven- dre la plupart de ses biens d’État à des fonds étran- gers, pour s’en convaincre. La baisse du niveau de vie va projeter en pleine lumière cette violence qui va finir par être dominante. La logique de la situation est une logique violente et lorsque Sarkozy parle violemment, il est dans la logique de l’époque. Ce qui n’est pas le cas des socialistes qui mettent un point d’honneur à se comporter comme des gens bien élevés, raisonnables, qui ne veulent pas faire de vagues. En un sens, ils ne sont pas dans leur époque, ils sont l’objet d’un certain déphasage. Mais nous sommes dans une phase où l’Histoire avance plus vite que les esprits. Les promoteurs du libre-échange et de la monnaie unique avaient gagné la bataille des idées en réussissant à faire croire qu’il n’y avait qu’une seule voie possible. Pourtant, les lignes commencent à bouger car l’Histoire est en marche; simplement, au train où vont les choses, l’euro explosera avant que le débat idéologique soit arrivé à maturité.

Si l’euro explose, que se passe-t-il concrètement?

Plein de choses! Tout d’abord, il faut admettre que cela posera de gros problèmes conjoncturels. Dans un contexte de crise monétaire, les risquessont réels et il y aura des erreurs à ne pas commettre pour ne pas que la machine s’arrête. Mais je crois qu’il faut avoir une vision équilibrée de l’ex- plosion de l’euro, car toute crise est toujours pleine d’opportunités. L’absur- dité des classes dirigeantes sera flagrante et ce sera l’occasion de donner un coup d’air frais dans le système, de mesurer les capacités de réaction d’une société qui se rend compte qu’elle était partie dans une mauvaise direction et qu’elle doit se ressaisir. Il y aura un effet libérateur et toutes sortes de choses paraîtront tout à coup possibles, y compris pour la liquidation de la dette publique.
Naturellement, on pourrait imaginer que les élites vont ramener le capita- lisme sur une voie moins chaotique, ne serait-ce que pour préserver leurs intérêts. Mais ce n’est clairement pas ce qui se profile. L’aveuglement fait partie de l’Histoire et celle-ci n’est pas faite que de rationalité. C’est durant les années trente, alors que le monde occidental est ravagé par la crise économique, que Keynes prêche en faveur de l’action régulatrice de l’État, notamment via la dépense publique et sa fameuse Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie, publiée en 1936. Mais, en Alle- magne, Hitler est déjà parvenu au pouvoir depuis trois ans et, en mettant en place une économie de guerre, d’investissement militaire, a ramené le chômage à un taux insignifiant. L’Histoire est allée beaucoup plus vite que la théorie et, pour la plupart des puissances occidentales, la véritable sortie de crise ne sera mise en place qu’au lendemain de la guerre. En clair, les solutions aux crises économiques et historiques de l’Histoire sont rarement appliquées à temps.

Revueforum.fr

Todd : Deux Entretiens


Deux très intéressants entretiens avec Emmanuel Todd à propos de son « Origine des systèmes familiaux » :

Extrait :
Une union plus politique ne peut-elle pas permettre à l'Europe de dépasser ces différences de structures familiales ?
La seule chose qui pourrait fonctionner, ce serait la domination absolue d'un pays sur les autres. La droite française est d'ailleurs retombée dans son rêve de soumission à l'Allemagne... sans voir que l'Allemagne est un pays vieux, fatigué, avec une population qui diminue, incapable de mettre au pas tout le continent malgré son industrie efficace et sa comptabilité en ordre. Non, la seule façon de sauver l'euro reste pour moi le protectionnisme européen, mais la majorité de la classe politique n'en veut pas. Il ne reste donc plus qu'à s'asseoir dans son fauteuil et contempler le désastre à venir, en commençant par le spectacle pitoyable de dirigeants s'agitant sur la crise de la dette publique. Je suis choqué par la façon dont on parle de cette dette, en suggérant que l'Etat français a distribué trop d'argent à des gens démunis qui ne le méritaient pas. L'achat de titres publics était - jusqu'à maintenant - un moyen très sûr de mettre son argent à l'abri, et ce sont les plus riches qui, aujourd'hui, détiennent l'essentiel de la dette. On comprend qu'ils aient peur d'un « défaut »... mais moi, franchement, il ne m'inquiète pas : j'en rêve. Je suis simplement partisan d'une nationalisation des banques, qui mettrait à l'abri les petits épargnants.

Comment Emmanuel Todd recompose les familles

Todd : « Chanceuse, l'Europe a gardé le modèle familial primitif »

Voir aussi :

Todd vs Hollande : KO en moins d'une minute
Ce soir (ou jamais !) - Emmanuel Todd
Emmanuel Todd : la famille moderne est... ancienne
Emmanuel Todd : "Je ne crois pas au déclin de l'Occident"

Boxe : Todd Vs Minc ce soir à la Halle Carpentier... Ou chez FOG (France 5)

21H30 sur France 5, Franz-Olivier Giesbert lance sa nouvelle émission « 2012 : les grandes questions » dont le thème de ce soir sera l'argent à l'heure de la crise financière. Invités : Alain Minc, Edgar Morin, Michel Onfray et bien sûr Emmanuel Todd, sinon je n'en parlerais même pas.

Voir l'émission sur pluzz.fr

Lire en complément :
Toulouse : Todd à Ombres Blanches
Todd vs Hollande : KO en moins d'une minute
Ce soir (ou jamais !) - Emmanuel Todd
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Toulouse : Todd à Ombres Blanches


Emmanuel Todd sera aujourd'hui à 18 heures à la librairie toulousaine « Ombres Blanches » pour la présentation de son premier tome « consacré à « L'Origine des systèmes familiaux » paru chez Gallimard. Une étude sur 700 pages qui est le fruit de quarante ans de recherche sur les structures familiales. Cette rencontre se déroule en liaison avec le Centre d'anthropologie de Toulouse.










Todd vs Hollande : KO en moins d'une minute
Ce soir (ou jamais !) - Emmanuel Todd
Emmanuel Todd : la famille moderne est... ancienne
Emmanuel Todd : "Je ne crois pas au déclin de l'Occident"
Boxe : Todd Vs Minc ce soir à la Halle Carpentier... Ou chez FOG (France 5)

samedi 24 septembre 2011

Bill Bonner : Préparez-vous pour la Grande Correction!

(...) En deux mots, la Grande Correction semble être encore plus grande que ce que nous pensions. Elle a complètement pris de court les autorités. Elle a fait passer les rendements obligataires à leurs plus bas niveaux en six décennies. Elle a fait couler les prix des maisons américaines. Elle a supprimé sept millions de personnes de la main-d’oeuvre US.

Et on dirait qu’elle ne fait que commencer.

Alors que vise cette correction ?

… Va-t-elle corriger la bulle de l’immobilier entamée en 1997… et s’arrêter ?

… Va-t-elle corriger le boom boursier de 2001… voire 1982… et s’en tenir là ?

… Va-t-elle corriger le marché haussier de l’obligataire qui remonte à 1983… ou le marché haussier de l’obligataire qui remonte à 1971 ?

… Et que pense-t-elle du système monétaire post-1971 basé sur le dollar ?

… Va-t-elle corriger le boom des dépenses de consommation/expansion du crédit entamé en 1949 ?

… Ou peut-être va-t-elle corriger le boom de la puissance économique et militaire américaine qui remonte à 1917 ?

… Qui sait ? Peut-être va-t-elle effacer tout le boom de la révolution industrielle, entamée au XVIIIe siècle.

… Où même le boom de l’espèce humaine qui remonte au XVIIe siècle ?

Nous ne savons pas où va cette correction… mais nous voulons être certain de nous trouver dans un endroit sûr lorsque nous finirons par le découvrir.

La Chronique Agora

vendredi 23 septembre 2011

Justice pour la Palestine

Ce soir (ou jamais !) - Emmanuel Todd



Voir aussi ici et

Emmanuel Todd : la famille moderne est... ancienne


Emmanuel Todd : la famille moderne est...ancienne par FranceInfo

On connaît les apports décisifs d’Emmanuel Todd à l’anthropologie, particulièrement au rôle des types familiaux dans le temps. Au commencement, il y eut la volonté de montrer que la diversité des structures familiales traditionnelles explique les trajectoires de modernisation. Ainsi, la carte du communisme recouvrait-elle celle de la famille communautaire, associant l’autorité du père à l’égalité des frères ; la famille nucléaire absolue anglaise, libérale pour ce qui concerne les rapports entre parents et enfants mais indifférente à l’idée d’égalité, fut le substrat nécessaire aux développements de l’individualisme et du libéralisme politique anglo-saxons ; la famille nucléaire égalitaire du Bassin parisien, structurée par les valeurs de liberté des enfants et d’égalité des frères, légitimait l’idée a priori d’une équivalence des hommes et des peuples ; la famille souche, système fondé sur l’autorité du père et l’inégalité des frères, fut en Allemagne et au Japon le socle d’idéologies ethnocentriques dans le contexte de la transition vers la modernité. Pour autant, comment expliquer cette fragmentation de l’espèce humaine, sinon en remontant à l’unicité originaire, si elle avait jamais existé ? Au terme d’une enquête menée depuis plus de vingt ans, impliquant l’examen et la mise en fiche des organisations familiales de centaines de groupes humains préindustriels, Emmanuel Todd identifie et définit une forme originelle, commune à toute l’humanité : la famille nucléaire.

Il reconstitue le processus de différenciation qui a mené aux émergences, successives ou simultanées, des divers types anthropologiques observables à la veille du déracinement urbain et industriel. Pour cela, il recourt à une anthropologie diffusionniste et non plus structuraliste et il emprunte à la linguistique le principe du conservatisme des zones périphériques. Il apparaît alors que l’Europe, placée sur la périphérie de l’Ancien monde, est sur le plan familial un conservatoire de formes archaïques ; nous sommes restés, pour ce qui concerne l’organisation anthropologique, assez proche de la forme originelle. Pour avoir ignoré des évolutions familiales paralysantes pour le développement technologique et économique, l’Europe a été, durant une brève période, « en tête » de la course au développement, bien que l’Occident n’ait inventé ni l’agriculture, ni la ville, ni le commerce, ni l’élevage, ni l’écriture, ni l’arithmétique.



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jeudi 8 septembre 2011

Emmanuel Todd : "Je ne crois pas au déclin de l'Occident"


Remise en cause de la pensée de Claude Lévi-Strauss, le nouveau livre d'Emmanuel Todd ouvre des pistes inédites sur l'histoire des systèmes familiaux et l'origine de nos sociétés.

Marianne : Ce traité, vous l'envisagez comme le sommet de votre oeuvre ?

Emmanuel Todd : Le fait d'avoir fini ce tome sur l'Eurasie me met en tout cas dans un état de bonheur inouï. J'avais commencé à l'écrire à la suite d'Après l'empire, en 2002, un succès qui m'avait mis à l'abri du besoin. Mais, à la fin du chapitre sur l'Inde, j'ai failli tout abandonner. Faire la somme de quarante ans de recherches, brasser des données concernant 215 peuples répartis sur l'ensemble de l'Eurasie, c'est un cauchemar. Entre-temps j'ai fait d'autres livres, et ça s'est terminé comme une sorte de combat contre moi-même, de défi métaphysique dans ma chaumière bretonne. Je travaillais au milieu de l'hiver, je me réveillais à 5 heures du matin, j'écrivais, et l'après-midi je lisais des Hercule Poirot pour tenir le coup.

La conclusion de ce travail, c'est qu'au plus profond du passé de l'humanité, on peut identifier une même forme originelle : la famille nucléaire, qui passe pourtant pour une innovation occidentale récente...

E.T. : En effet. J'ai été très critiqué au début des années 80, quand j'ai publié la Troisième Planète [La troisieme planete : structures familiales et systemes ideologiques]. A cause de mon hypothèse sur le fait que les types familiaux différents segmentant l'humanité produisaient des types idéologiques différents. La famille "nucléaire égalitaire" du Bassin parisien, préparant le terrain aux principes de 1789. La famille souche allemande et japonaise, justifiant l'autorité du père et l'inégalité entre frères et favorisant ainsi les organisations autoritaires, etc. On s'est mis à me traiter de maurrassien... et aussi de vichyste, parce que j'osais m'intéresser aux structures familiales. Ce que je fais ici, c'est ajouter à cette interprétation "structuraliste" des idéologies par les types familiaux une explication de la diversité par un mécanisme de diffusion des formes à partir d'un type unique. Trouver, sous la séparation de l'humanité en types familiaux différents, une origine commune aux populations des cinq continents me fait très plaisir, je l'admets. Au fond, je suis un bon petit Français universaliste. Mais, quand même, je suis surtout un scientifique : si j'avais trouvé l'inverse, je l'aurais écrit.

Vous présentez ici les Européens comme les véritables "primitifs anthropologiques". A l'inverse, vous écrivez que les héritiers de structures patrilinéaires [modes de filiation fondée exclusivement sur le père], éventuellement polygames, sont, eux, issus d'organisations plus élaborées et récentes... Vous allez encore avoir des ennuis avec les intellectuels "occidentalistes" du pays qui y verront une de vos projections idéologiques !

E.T. : Ah oui, sans doute ! [Rires] C'est un livre à la fois très sérieux et un peu malicieux. Comparer les Anglais à certains peuples primitifs des Philippines, c'est quand même amusant. Le schéma que les gens ont en tête, c'est qu'à l'origine l'homme était pris dans un magma familial très complexe, dans de gros groupes familiaux, et qu'avec l'avancée de la modernité aurait émergé la famille nucléaire individualiste, papa-maman et les enfants, et donc une libération de l'individu du vaste carcan originel. Mais ce livre et toutes les recherches récentes montrent que ce n'est pas du tout ce qui s'est passé. Sur toute la périphérie du monde, qui a peu évolué sur le plan familial, en Europe donc, en Asie du Sud-Est et jusque chez les Bochimans d'Afrique, ce qu'on trouve, c'est la famille nucléaire. Cette distribution périphérique permet de définir le type archaïque de l'humanité, commun aux Européens de l'Ouest et à des populations très primitives. A l'opposé, dans les régions centrales, où l'histoire est profonde, en Chine, en Inde et encore plus au coeur de la Mésopotamie par exemple (en Irak), l'innovation patrilinéaire a conduit à l'émergence de systèmes familiaux complexes, plus lourds, avec parfois l'endogamie, c'est-à-dire une préférence pour les mariages entre cousins. Le paradoxe, c'est que ce sont ces systèmes familiaux "évolués" qui ont abouti à paralyser la mécanique du progrès ! L'abaissement du statut de la femme, très prononcé dans ces zones, entraîne fatalement un abaissement du potentiel éducatif. D'où l'arrêt des sociétés du Moyen-Orient ou de l'histoire chinoise.

Si l'Europe a été un temps en tête de la course au développement, expliquez-vous, c'est qu'elle a échappé à des formes familiales paralysantes... Et aujourd'hui alors, qu'est-ce qui explique qu'elle soit en train de perdre la main ?

E.T. : N'allons pas plus vite que la musique. Je travaille sur de très longues durées. Les Européens sont inquiets pour leur avenir depuis quelques années, mais, à l'échelle des millénaires, c'est anecdotique. Il est vrai que les niveaux de longévité et de vieillissement que nous atteignons désormais sont absolument inédits dans l'histoire. Mais je peux d'ores et déjà dire que je ne perçois pas vraiment la réalité de ce qu'on appelle le "déclin de l'Occident". Je suis vraiment très sceptique au sujet de ces histoires de grand remplacement par la Chine ou l'Inde. Il y a là simplement d'immenses nations qui font ce qu'on appelle du "rattrapage". Un taux de croissance à 10 %, c'est impressionnant, mais c'est du rattrapage économique, ça ne définit pas l'avenir de l'humanité. Par ailleurs, les indicateurs démographiques chinois ne sont pas bons, le principe patrilinéaire progresse encore là-bas et on y observe un fort déséquilibre hommes-femmes. Tout ça n'est jamais excellent pour le développement. Voyez, je suis assez féministe, finalement... [Rires]

Il y a dans votre livre une vive "explication" avec la pensée de Lévi-Strauss. Quelles sont pour vous les limites de celle-ci ?

E.T. : L'anthropologie était arrivée à des résultats très intéressants avant que n'apparaisse Lévi-Strauss. Ce qui est inacceptable chez lui, ahurissant même, c'est qu'il s'est fixé sur une seule variable, l'échange matrimonial, et qu'il s'est même focalisé sur un type d'échange, le mariage avec la fille du frère de la mère, qui est en fait une chose très minoritaire. Construire une théorie à partir d'une forme sociale aussi peu commune, c'est vraiment très étrange. Je n'hésite pas à le dire : l'échantillon de Lévi-Strauss ne vaut rien. Ce n'est en tout cas pas ainsi qu'on m'a appris à travailler à Cambridge, lorsque j'avais 20 ans. Ma véritable idole, c'est l'Américain Robert Lowie [mort en 1957], spécialiste des populations indiennes, auteur du classique Primitive Society. Un livre dans lequel Lévi-Strauss lui-même a d'ailleurs découvert l'anthropologie. Mais je vénère également les grandes monographies britanniques d'après-guerre : celle d'Edmund Leach sur un village du Sri Lanka est tout simplement merveilleuse, comme celle de Meyer Fortes sur les Tallensis d'Afrique de l'Ouest.

Pourquoi avoir choisi de vous spécialiser dans la démographie à cet âge-là ?

E.T. : Autre grand mystère. Je voulais être historien. J'étais bon en maths quand j'étais gamin, et fasciné par la statistique. C'était un bon mixte des deux. Emmanuel Le Roy Ladurie, proche de ma famille, m'a confié à Peter Laslett, le pape des études sur l'histoire de la famille en Angleterre. Je me suis pris de passion pour la discipline. Et puis, avec la famille de fous dont je sors, le concept de structure familiale devait me rassurer ! [Rires] Plus sérieusement, quand on travaille sur les structures familiales et les indicateurs de fécondité, on est assez proche du sens profond de l'existence. Ce sont des variables chaudes. Et pour moi, les gens qui pensent que l'histoire se fait uniquement au niveau des variables froides, économiques surtout, sont proches de la schizophrénie, de la sortie de la réalité.

La démographie a été votre martingale pendant trente-cinq ans, en tant qu'essayiste... Y a-t-il des situations historiques où celle-ci vous a toutefois induit en erreur ?

E.T. : C'est vrai que je suis un peu surpris par le nombre de prédictions réalisées que j'ai faites ! [Rires] Je me suis sincèrement posé la question du pourquoi. La raison, elle est hypersimple, je crois. C'est un truc de formation. Je suis un pur produit de l'école des Annales. Le Roy Ladurie, Pierre Chaunu, Pierre Goubert, toute cette histoire centrée sur le destin du gros des populations, pas sur les élites, et qui s'attaquait à des variables de fond, la démographie, les taux d'alphabétisation, le niveau éducatif, la religion populaire, etc. J'ai simplement été assez malin pour appliquer au présent des trucs qu'on m'avait appris à faire pour les siècles passés. En 1976, quand j'ai publié la Chute finale, les gens me disaient : "Comment, vous prédisez l'effondrement du système soviétique, mais vous n'avez jamais été là-bas !" C'était tout à fait vrai. Je répondais : "Moi, je suis historien, je travaille sur la Russie comme sur le XVIIIe siècle, où je ne suis jamais allé non plus." Tout se passe un peu comme dans une fameuse scène des aventures d'Indiana Jones, dans le film la Dernière Croisade. A un moment donné, il faut avoir la foi de marcher sur un précipice en faisant comme s'il y avait un pont sous vos pieds. Si vous avez le sentiment que ce qu'on vous a appris sur le XVIIIe siècle est vrai, que c'est ça la réalité de l'homme - faire des enfants ou non, apprendre à écrire ou non, etc. -, eh bien ça se met à produire des résultats extraordinaires.

Vous avez été un des adversaires "officiels" de Nicolas Sarkozy, parmi les plus pugnaces. Celui-ci semble aujourd'hui en mesure de faire oublier les heures les plus noires de son aventure... Comment l'expliquez-vous ?

E.T. : Je l'explique très simplement. Le problème, ça n'est pas Sarkozy, c'est le PS. C'est quoi la situation ? Nous entrons dans une crise économique grave, un monde où le niveau de vie va inéluctablement baisser. Face à ça, la droite a un programme : l'autoritarisme et l'activation des tensions ethniques. Ils n'arrivent à rien résoudre, ils sont ridicules sur un plan économique, et tout ça se combine à des attitudes de soumission inouïe à l'égard de l'Allemagne, peu importe. Mais la gauche ? Tant que vous restez dans le dogme du libre-échange, vous acceptez le principe qui assure la baisse du niveau de vie de la population, qu'est-ce que vous pouvez faire ? Dire que Sarkozy est méchant. Dire qu'il faut être "normal", respecter la Constitution, continuer de voter, mais, au fond de vous, vous n'avez même pas envie d'accéder au pouvoir puisque vous ne saurez pas quoi en faire.

La bonne stratégie face au FN, c'est quoi selon vous ?

E.T. : Le FN du père était un objet folklorique, à la fois anti-immigrés et ultralibéral, ce qui ne correspondait à rien. Avec la fille, on revient dans l'histoire des fascismes d'avant-guerre, qui ont utilisé un langage de gauche. D'un côté on continue à désigner les musulmans, de l'autre on se gargarise du mot "république" et on prône l'étatisme. Ma conviction, toutefois, c'est que les discours combinés du FN, de l'UMP et du PS font aujourd'hui système. Quand le modèle libre-échangiste culbutera, ces trois idéologies seront volatilisées.

Puisque vous êtes la cartomancienne la plus performante du pays, je vous pose solennellement la question : qui va remporter la prochaine présidentielle ?

E.T. : Aucune idée, absolument aucune. Au stade actuel, je trouve toutefois très inquiétante l'évolution de l'UMP vers des tendances ethnicisantes, quasi fascisantes. Le risque immédiat, il est là, pour moi. La priorité politique absolue, c'est donc de voter socialiste à la prochaine présidentielle. En 2007, j'ai tout de même réussi à voter deux fois pour Ségolène Royal, je devrais bien arriver à accomplir à nouveau cet exploit ! [Rires] Non, je suis sérieux. Quelle que soit mon insatisfaction, quelle que soit la vacuité de leurs propositions économiques, quel que soit le candidat surtout, je voterai une fois encore socialiste.

Propos recueillis par Aude Lancelin

© 2011 Marianne. Tous droits réservés.

samedi 13 août 2011

Le collier de la reine, un tribut de vassalité à un suzerain ?

Un collier en or aurait été offert par Lalla Salma, épouse du Roi du Maroc, à Tzipi Livni, le co-ordonnateur de la guerre de destruction israélienne de Gaza (2007-2008). Un cadeau offert en 2009 à l’occasion d’une visite de l’ancien ministre israélien des Affaires étrangères au Maroc, un an après la fin de la guerre israélienne contre l’enclave palestinienne.
Cette information explosive a été démentie de piètre façon par le Maroc, par un communiqué laconique du ministère des affaires étrangères publié le 26 juillet, soit deux semaines après la fuite du Maariv. Le journal israélien précisait, pourtan, dans son édition en date du 13 juillet 2011, que le parlement israélien avait pris la décision de dévoiler une liste de cadeaux offerts aux officiels et parlementaires israéliens par des personnalités étrangères, liste où figurerait «Lalla Salma» pour un «collier en or» à Tzipi Livni lors de sa visite au Maroc en 2009 à l’invitation de l’Institut Amadeus pour le Forum MEDays organisé à Tanger.
Dans ce qui apparait comme un geste d’apaisement destiné à détourner le courroux de l’opinion publique, la communauté juive du Maroc a volé au secours du Trône, lui emboitant le pas, endossant le même jour la responsabilité de ce cadeau. Non pas par un communiqué franc et précis qui aurait coupé court à toutes les spéculations mais par un procédé oblique, en des termes alambiqués, des propos confus faisant état d’ une indication d’un membre de la communauté juive, à l’identité non définie, se dévouant pour confier à un site électronique marocain que Mme Livni «n’a rencontré aucune princesse du Maroc, uniquement des personnalités marocaines et des responsables de la communauté juive» et que «le collier a pu lui être offert par la communauté juive» (2).
Sauf à y voir la marque d’un travail de sophistication journalistique, un tel amateurisme dans la gestion de cette affaire pourrait avoir eu un effet inverse de confirmer plutôt que d’infirmer cette information. Un effet pervers
Selon Maariv, pourtant, Lalla Salma n’aurait pas été la seule à couvrir de bijoux la ministre israélienne. La Fédération des Juifs du Maroc lui aurait aussi offert «un collier d’or serti de diamants et de pierres précieuses assorties de deux bagues». Soit, en fin de compte, deux colliers et deux bagues. Une belle pioche pour un voyage si controversé d’un si sinistre personnage.
Au delà du démenti formel, le pouvoir marocain a incontestablement commis un impair dans sa communication de crise, d’autant moins explicable que le sujet est d’une grande volatilité, accréditant l’idée d’un malaise par sa réaction tardive et son laconisme. Le démenti marocain, de même que la revendication indirecte de la communauté juive n’évacuent pas pour autant le débat sur le bien fondé de ce geste de courtoisie à l’égard d’une belliciste coresponsable de deux guerres contre des objectifs arabes, le Liban en juillet 206, et Gaza, en 2007, ni même sur sa présence au Maroc un an après la guerre de Gaza. Pas plus Tzipi Livni que son collier n’avaient de raison d’être au Maroc. Le service minimum sur un sujet de grande controverse porte la marque d’une désinvolture et pointe désormais du doigt le rôle ambigu de l’Institut Amadeus, initiateur de ce projet frappé de suspicion.
Quelqu’en soit le bienfaiteur, au-delà des démentis de circonstance, le cadeau parait placer la Monarchie dans l’embarras en ce qu’il peut être ressenti, à juste titre, par une large fraction de cette population nationaliste comme un geste d’une gratuité provocante, une humiliation vécue comme un tribut de vassalité envers un suzerain. (...)

Lire la suite sur renenaba.com

mercredi 10 août 2011

Tottenham ou les merveilles du multiculturalisme


Tottenham-Evry par prechi-precha

Un reportage édifiant où l'inénarrable Maryse Burgot nous vantait la resplendissante réussite du multiculturalisme à l'anglaise. Tout y est, un régal.

Merci donc au service public et particulièrement à l'indispensable Maryse Burgot pour tout ses merveilleux reportages et son regard si objectif  et visionnaire sur le monde anglo-saxon.


samedi 30 juillet 2011

114.500 Milliards de Dollars...


Pour visualiser ce que représente la dette US en billet de $100, asseyez-vous d'abord et cliquez sur ce lien :

http://usdebt.kleptocracy.us/

US debt clock : http://www.usdebtclock.org/

Rassurez-vous, tout est sous contrôle.

«Le Front national est un front antinational»


L’historien Emmanuel Todd répond à Marine Le Pen qui avait déclaré partager certaines de ses thèses et estime que le FN, en stigmatisant les Français musulmans, porte atteinte à la cohésion de la nation :

Voilà que Marine Le Pen se réfère à vos analyses. Comment réagissez-vous?
Cela m’amuse et m’intéresse, car, dans le débat public français, je suis celui qui a défendu avec le plus de constance, depuis vingt ans, la place des immigrés et de leurs enfants dans la société française. D’ailleurs, au moment même où Marine Le Pen me faisait ces appels du pied, j’ai donné un entretien au site Oumma.com (1), qui a été un énorme succès d’audience. Non pas que je défende un point de vue qui soit très acceptable pour les organisations islamiques, puisque je pointe par exemple la faible pratique religieuse des musulmans de France, ce qui les rapproche des catholiques. Mais ma démonstration consiste justement à souligner que, précisément parce qu’ils se comportent comme des catholiques et qu’ils sont profondément laïcisés, les musulmans de France sont des Français ordinaires. Et, dès lors que les musulmans ne posent pas de problème spécifique à la société française, leur désignation, explicite ou implicite, comme non Français doit être considérée comme une attaque contre la cohésion de la communauté nationale. Le Front national est un front antinational : voilà ce que j’affirme, y compris sur Oumma.com, ce qui rend tout de même assez cocasses les références de Marine Le Pen à mes travaux.
Selon la présidente du Front national, ce qui vous rapproche d’elle, c’est le plaidoyer en faveur de mesures protectionnistes…
C’est qu’elle fait semblant de ne rien comprendre à ma démarche. Il ne s’agit nullement d’un protectionnisme français, mais bien d’instaurer au niveau européen des instruments de régulation des échanges commerciaux, ce qui, par définition, dépasse le cadre national. Protectionnisme européen et défense d’une nation qui intègre sa population musulmane, voilà deux axes radicalement antixénophobes, qui définissent un projet à l’opposé de celui du FN.
Il n’empêche qu’elle vous a cité. N’est-il pas de la responsabilité d’un intellectuel de veiller à ne pas être récupéré par le Front national?

Pour moi, la vraie question est plutôt : pourquoi Marine Le Pen cherche-t-elle à se revendiquer de moi, alors que je suis en situation de choc frontal avec elle ? Je crois qu’il ne s’agit pas de récupération, mais de neutralisation. On assiste actuellement à l’émergence d’une gauche, autour d’Arnaud Montebourg autant que de Jean-Luc Mélenchon, opérant la synthèse entre le projet économique protectionniste et l’idéal républicain compris dans son véritable sens, c’est-à-dire intégrant les immigrés et leurs enfants à la nation. Fin juin, l’Association pour un débat sur le libre-échange, à laquelle j’appartiens, a fait réaliser par l’Ifop, à ses frais, un sondage qui montre que 80% des Français sont favorables à un protectionnisme européen et 57% à un protectionnisme national si les autres pays européens ne font rien. Cela nous a valu les plus vives critiques de la part des libre-échangistes. On nous a fait passer pour des crétins protectionnistes en nous assimilant au FN. Aujourd’hui, c’est Marine Le Pen qui prend le relais. Pourquoi ? Parce que le FN, qui se targue, à tort, de défendre des intérêts de la classe ouvrière, se sent menacé par l’apparition de cette nouvelle gauche. Ce qui se dévoile par cet épisode, c’est combien FN et libre-échangistes forment un système où chacun a besoin de l’autre.
Un protectionnisme européen vous semble-t-il possible?

L’accélération de la crise des dettes souveraines nous indique que nous n’aurons pas le temps de mettre en place le protectionnisme européen avant l’explosion de l’euro. Je le regrette, car j’avais voté pour le traité constitutionnel européen et je continue de croire que c’est à l’échelle européenne que nous devons construire des protections. Accepter la sortie de l’euro, ça n’est pas être antieuropéen, c’est seulement faire cesser l’acharnement thérapeutique sur une monnaie dont la classe dirigeante sait qu’elle est condamnée. Sur ce point, je donne raison à l’économiste Jacques Sapir, qui estime depuis plusieurs mois que la France doit désormais agir seule (2). Cela n’obère nullement la perspective d’un protectionnisme européen, au contraire. Car la sortie de l’euro contraindra l’Allemagne à changer d’attitude, et tout le monde constatera que le seul horizon, c’est d’instaurer des mesures communes de régulation des importations. Tel serait pour moi le contenu d’une véritable Europe. Et l’on pourra alors, si l’on veut, reconstruire une vraie monnaie unique, qui ne soit plus sous souveraineté allemande, comme aujourd’hui, mais un véritable bien commun.
Le FN est-il en train d’évoluer vers une droite républicaine un peu musclée, comme le disent certains commentaires?

Je crois que l’on assiste à la tendance exactement inverse. Le FN version Jean-Marie Le Pen avait quelque chose de folklorique, puisque son programme alliait la stigmatisation des immigrés et le libéralisme économique (dénonciation du «fiscalisme», des fonctionnaires, etc.). A partir du moment où il associe xénophobie et étatisme, il se rapproche des fascismes d’avant-guerre. Il était national et libéral, le voici national et social, et c’est pour ça que, lors de la présentation du sondage sur le protectionnisme, j’ai spontanément établi une comparaison entre le FN et le nazisme. Cela dit, il y a des choses qui bougent et, en tant qu’historien du présent, j’essaie de comprendre ce qui se passe, sans partir du principe que je comprends tout ce qui se passe - ce qui me distingue de certains. Je constate que, d’un côté, le FN est dans le système, mais que, de l’autre, il possède une potentialité «hors système» qui peut être très dangereuse - d’autant plus dangereuse qu’elle converge avec des tendances fascisantes à l’intérieur même de l’UMP. En 1932, le parti nazi était de la même façon hors et dans le système. Nous n’en sommes pas là, mais il faut agir avec à l’esprit tous les scénarios, dont celui du pire.
Des tendances fascisantes à l’UMP?

Pour moi, aujourd’hui, le danger vient moins du FN que de l’émergence, dans la droite dite classique, de tendances protofascistes, comme les historiens parlent de proto-industrie. Depuis quatre ans, l’impulsion des campagnes anti-immigrés, antiRoms et anti-islam a été donnée par le gouvernement. Les thématiques ethnique et autoritaire, c’est bien le sarkozysme qui les a portées. La stratégie, si caractéristique du fascisme, consistant à dire une chose et son contraire - par exemple, à se dire de gauche et de droite à la fois, ou à mélanger le social et le national - existe certes au FN, mais encore plus dans les discours écrits par Henri Guaino, où Nicolas Sarkozy en appelle aux figures historiques de la gauche au moment même où il confère des avantages fiscaux aux plus riches. Aujourd’hui, il délègue à Claude Guéant la charge de faire des «clins d’œil» à l’électorat frontiste. Pourquoi soupçonner toujours les gens de cynisme ? Peut-être est-il sincère, peut-être est-il d’extrême droite.
Le PS est-il en mesure d’éviter que la campagne de 2012 ne se focalise à nouveau sur la triade sécurité-identité nationale-immigration?
Le Parti socialiste représente la vieille culture raisonnable de la France. Ce sont des gens polis, qui continuent de penser que, si l’on ne fait pas trop de vagues, «ça va passer». L’idée de la présidence normale est symptomatique : au fond, il suffirait de gérer les affaires de l’Etat de façon raisonnable pour se poser en alternative à la montée de folie et de violence qui caractérise les droites. J’aimerais que cela soit vrai, et les sondages d’opinion, où Sarkozy apparaît comme profondément méprisé par les Français, semblent indiquer que cela peut suffire. Mais quand bien même l’Elysée reviendrait à François Hollande ou Martine Aubry, une présidence normale n’est pas ce dont la France a besoin pour une période anormale. Il lui faut une gauche capable d’affronter un capitalisme de plus en plus inégalitaire et de plus en plus violent. Une gauche qui rende coup pour coup, qui ne fasse pas comme si tout était normal, justement. Qui désigne les adversaires de classe : les ultrariches. La gauche ne doit pas avoir peur de les taxer, de mettre en place un protectionnisme européenne, de prendre le contrôle de la gestion des banques. Elle doit parler en maître à la nouvelle aristocratie financière - le mot est de Lionel Jospin, je vous le rappelle. Et c’est là que l’escroquerie de Marine Le Pen sera dévoilée. Le FN fait semblant d’avoir deux adversaires : les immigrés et l’establishment, mais la réalité est que la dénonciation des immigrés lui permet de garder le plus grand flou sur ce fameux establishment qu’elle prétend combattre. Si je devais résumer d’une seule formule ma pensée, je dirais ceci : en triant les Français selon leurs origines, le Front national divise les classes populaires et protège l’oligarchie financière.
(1) Site internet sur l’islam en France.
(2) Auteur de «la Démondialisation», Seuil.

LIBE

lundi 18 juillet 2011

Bill Bonner : Voici le Règne des Zombies !

Bill Bonner

"Oui, cher lecteur, ce bruit que vous entendez… c’est un empire qui s’effondre. L’Empire américain. L’Empire anglo-saxon. L’Hégémonie impériale européenne en place depuis l’invention du moteur à vapeur — au moins.

Le modèle d’Etat-Providence démocratique européen — qui a pris racine en Amérique du Nord, en Australie et dans d’autres colonies de par le monde — atteint un gigantesque sommet de plusieurs décennies. Les taux de natalité sont bas. La croissance du PIB est basse. La création d’emplois est basse. La dette est élevée. Leur devise est pourrie par le dollar-papier, le système tout entier a dégénéré… s’est calcifié… et corrompu. A présent, il est dominé par la fraude, les incompétents et les parasites.

Kurt Richebächer appelait ça le “capitalisme mûr et dégénéré”. Nous appelons ça  le Règne des Zombies !"

Lire l'article en intégralité sur : La Chronique Agora

Bill Bonner, grand connaisseur des arcanes de la finance mondiale est l'auteur, entre autres, de L'Empire Des Dettes paru en 2006 et dont le sous-titre était :"A l'aube d'une crise économique épique".

lundi 11 juillet 2011

Vandana Shiva : « Le libre-échange, c’est la dictature des entreprises »

Par Agnès Rousseaux, Nadia Djabali (4 juillet 2011)
Écrivain, physicienne, prix Nobel alternatif, la militante écologiste indienne Vandana Shiva est une résistante infatigable contre les entreprises qui pillent son pays, comme Monsanto. Elle pose un regard lucide sur les enjeux de la période : crise écologique, financière, protectionnisme, risque nucléaire, OGM... Quelle civilisation sommes-nous en train de construire ? Comment redonner du pouvoir aux citoyens face aux multinationales ? Comment construire de réelles alternatives globales ? Entretien.
Basta ! : Les combats que vous menez sont liés à la souveraineté – alimentaire, sur les terres, l’eau, les semences. Qu’est-ce que la souveraineté ? En quoi est-ce un enjeu majeur du 21e siècle ?
Vandana Shiva : La redéfinition de la notion de « souveraineté » sera le grand défi de l’ère post-globalisation. La mondialisation était fondée sur l’ancienne notion de souveraineté, celle des États-nations héritée de la souveraineté des monarques et des rois. La nouvelle notion de souveraineté est le fondement de la résistance à la mondialisation. Cette résistance se traduit par le slogan : « Le monde n’est pas une marchandise.  » Actuellement, les Grecs disent : « Notre terre n’est pas à vendre, nos biens ne sont pas à vendre, nos vies ne sont pas à vendre. » Qui parle ? Les peuples. Revendiquer la souveraineté des peuples est la première étape de la souveraineté alimentaire, de l’eau ou des semences. Mais il y a une seconde partie : les peuples revendiquent le droit de protéger la Terre, et non celui d’abuser d’elle comme d’autres la maltraitent. Ainsi la souveraineté des terres, des semences, des rivières rejoint la souveraineté des peuples. Avec la responsabilité de protéger ce cadeau de la Terre et de le partager équitablement.
Pour garantir cette souveraineté, faut-il fermer davantage les frontières ?
Aucune frontière n’est jamais totalement fermée. C’est comme la frontière de notre peau, qui nous protège de l’invasion de toute infection : des ouvertures permettent à la transpiration de sortir, pour maintenir notre équilibre, préserver notre santé. Toutes les frontières sont poreuses. Un corps souverain sait comment réguler ces entrées et sorties. Il sait quand trop de chaleur entre dans le corps. Il sait comment s’opposer aux virus. Quand un corps perd cette autonomie, cette souveraineté, il devient malade. C’est la même chose pour un pays, gouverné par un peuple souverain et autonome. Ce peuple peut dire : « Notre lait est vendu 14 roupies/litre, votre lait européen qui débarque à 8 roupies/litre va détruire l’économie laitière en Inde, donc j’ai le droit de réguler ce qui entre. » La régulation est vitale pour tout système vivant. La dérégulation, c’est l’appel de la mort. Un corps dérégulé meurt. De même, une nation, une économie dérégulée meurt.
Nous ne disons pas « non au commerce », mais « non au commerce dérégulé ». Non à un marché dérégulé où les conditions des échanges sont déterminées par l’avidité des entreprises, qui s’approprient nos impôts, créent des prix artificiels, entraînant dumping social et destruction de la souveraineté alimentaire. Ce système nuit aux paysans d’Inde. Et il nuit aux paysans d’Europe qui ne peuvent pas gagner leur vie, car les coûts de production sont supérieurs aux prix de vente du lait. L’agrobusiness et ses profits sont au centre de cette équation. Elle a pour conséquence le dumping, l’accaparement, le meurtre de nos paysans, le massacre de nos terres, et tous ces gens qu’on tue avec une alimentation empoisonnée.
Le protectionnisme peut-il être une solution face à cette exploitation du vivant, en empêchant les multinationales d’avoir accès à ces ressources qu’elles exploitent ?
Tout comme nous devons redéfinir la notion de souveraineté, nous devons repenser la notion de protectionnisme. Un protectionnisme lié à la protection des écosystèmes, à l’écologie, est un impératif. Nous devons dire stop à la dévastation de nos rivières, stop aux déchets toxiques, stop au dumping des OGM par la manipulation des politiques mondiales par une multinationale. Cette protection est un devoir. Le cycle de Doha [1] n’a entraîné aucun progrès depuis une décennie à cause d’un seul facteur : le problème de la subsistance des paysans. En 1993, nous avons organisé un rassemblement d’un demi-million de personnes pour faire pression sur le gouvernement indien : « Si vous signez les accords du GATT, nos paysans vont mourir. » Résultat : les accords du GATT ont été signés, et 250.000 paysans indiens se sont suicidés, notamment à cause de leurs dettes !
Cet endettement des paysans est lié à une décision politique particulière : la dérégulation du marché des semences, qui a permis à Monsanto de devenir par exemple l’unique vendeur de semences sur le marché du coton. La multinationale contrôle 95% de ce marché et dicte les prix. Une équipe de scientifiques indiens vient de montrer que les OGM ne ne fonctionnent pas. Dans les champs, c’est manifeste : les paysans doivent utiliser 13 fois plus de pesticides avec les OGM. Ce qui est formidable pour Monsanto qui les commercialise. Mais une cause d’endettement pour les paysans, et donc une cause de suicides.
La protection de nos paysans est un « protectionnisme vital ». Le protectionnisme est vu comme un « péché », car la dérégulation a été érigée en norme. Interférer dans la corruption, les manipulations et l’avidité des multinationales, c’est du protectionnisme. Et donc, pour certains, c’est mauvais. Non ! C’est un devoir social, c’est un devoir écologique. Et la cupidité des multinationales n’est pas un droit ! Elles écrivent à l’OMC, rédigent des accords et disent : « Maintenant nous avons des droits et personne ne peut les changer. » Nous les changerons.
Vous écrivez que « le libre-échange est un protectionnisme pour les puissants ». Doit-on construire un protectionnisme pour les plus « faibles » ?
Le libre-échange, dans la manière dont il a été façonné, n’est pas du tout libre. Il n’est pas démocratique. Cinq entreprises se rencontrent, écrivent un accord sur les droits de la propriété intellectuelle et cela donne à Monsanto le droit de considérer des semences comme sa « propriété intellectuelle » ! Cela permet à des entreprises comme Novartis de voler les médicaments aux plus pauvres et de les faire payer 10 fois plus cher. Un mois de traitement contre le cancer, avec les médicaments génériques disponibles en Inde, coûte 10.000 roupies. Et Novartis veut faire payer 175.000 roupies par mois. Quand le tribunal juge qu’il n’est pas possible de déposer un brevet, car ces médicaments existent déjà et que ce n’est pas une « invention », Novartis défie les lois indiennes. La plupart des Indiens ne pourront pas payer le prix demandé par la multinationale. Novartis répond : « Seuls 15% de Indiens nous importent. » Cinq entreprises ont écrit une loi sur la propriété intellectuelle, et affirment ensuite que 85% des gens peuvent mourir du manque de médicaments ! C’est un système criminel.
Quand cinq géants commerciaux, comme Cargill (multinationale états-unienne de l’agroalimentaire), rédigent l’accord sur l’agriculture, ils définissent l’alimentation non comme le droit de chaque humain à se nourrir, mais comme une marchandise qu’ils veulent contrôler. Ce n’est pas la liberté, ce n’est pas le libre-échange. C’est du commerce monopolistique, c’est du commerce coercitif. Cela revient à tuer des gens, car un milliard de personnes souffrent aujourd’hui de la faim dans le monde, à cause de ce système. Le libre-échange actuel, c’est la dictature des entreprises. Ce dont nous avons besoin, c’est d’une réelle liberté, pour chaque personne, chaque enfant, chaque femme, chaque espèce sur Terre. Une réelle liberté, liée à la vie.
Vous étiez récemment aux États-Unis dans le Wisconsin pour soutenir les manifestants qui se battent pour défendre leurs droits et les services publics. Les services publics sont-ils aussi un bien commun à protéger ?
Il y a deux types de biens communs. Les ressources vitales – eau, terre, semences, air, océans – données par la nature et modifiées par les humains. Et les services liés aux besoins essentiels : l’éducation, la santé, la façon de gérer nos villes, comme les services de lutte contre les incendies... Ce sont des services publics vitaux. Ce qui compte, c’est « l’esprit de service » : quand un pompier lutte contre le feu, quand il aide les gens, il ne regarde pas le danger. Et quand ces services sont privatisés, les coûts augmentent. Un tiers des emprunts en Inde sont liés à l’achat de médicaments. La principale raison pour laquelle les gens vendent leurs maisons aujourd’hui, c’est pour se soigner. La privatisation des services publics prive la société de ses droits. Nous devons les défendre comme des biens communs.
Pensez-vous que le mouvement altermondialiste puisse apporter des solutions aux crises globales : environnementale, économique, financière ?
Le mouvement altermondialiste a extrêmement bien réussi : nous avons rendu l’Organisation mondiale du commerce caduque. L’OMC ne s’est jamais relevé après les mobilisations lors du Sommet de Seattle, en 1999. On avait imaginé que 5.000 personnes viendraient à Seattle, et nous étions 30.000 ! On ne s’attendait pas à voir les syndicats. Ni les étudiants, qui étaient pourtant majoritaires. Le sommet de Doha en 2001 a ensuite été marqué par les événements du 11 septembre, avec une grande pression militaire. J’y étais. Certains ont dit aux gouvernements que s’ils ne signaient pas les accords de Doha, ils seraient traités comme des membres d’Al-Qaïda : « Vous êtes avec nous ou contre nous. » Résultat : rien n’a bougé à Doha, à cause de cette pression sur les gouvernements !
Des mouvements plus ciblés ont aussi été très fructueux. Nous avons par exemple mis la question de la « souveraineté » sur l’agenda politique. Personne ne peut plus aujourd’hui ignorer cette question. Nous avons mis en avant la défense de l’eau comme un bien public. Et regardez le référendum en Italie ! 95% des Italiens ont dit non à la privatisation de l’eau. Idem dans le domaine des semences : je vais bientôt publier un rapport sur Monsanto, sur ses mensonges, sur la situation de monopole qu’ils ont créée et l’échec des technologies OGM à accroître les rendements. Le mouvement pour une alimentation sans OGM est très bien organisé.
Le mouvement altermondialiste a besoin de franchir une nouvelle étape. Quand on parle de la Banque mondiale, du FMI et des plans d’ajustement structurels, la plupart des gens se focalisent sur les pays du Sud, sur le « monde en développement ». Mais aujourd’hui le FMI est en Europe ! En Grèce, en Irlande… Des pays en crise, non du fait d’une mauvaise gestion, mais à cause des banques de Wall Street, à cause d’un système financier corrompu qui a provoqué cette crise totale. Nous devons maintenant faire trois connections vitales. La première est la question Nord-Sud. Aujourd’hui tout le monde est « au Sud ». Le Nord ? Ce sont les multinationales et les gouvernements. Nous devons tous nous considérer comme le « monde du Sud » et nous organiser en fonction de cela. La seconde connexion nécessaire, c’est de dépasser le fossé entre économie et écologie. Dans nos esprits, mais aussi dans nos organisations. 45% des jeunes sont au chômage en Espagne, nous devons nous tourner vers l’écologie pour créer de nouvelles opportunités d’emploi, car ce ne sont pas les banques ou Wall Street qui les fourniront. La troisième connexion, c’est entre démocratie économique et démocratie politique. La démocratie a été réduite au droit de vote. Les responsables de la crise ont mis l’Espagne dans un tel état que José Zapatero est obligé d’agir contre ceux qui ont voté pour lui, et il perdra peut-être les prochaines élections. Si les politiques sont bons, ils ont les mains liées, et s’ils sont mauvais, ils sont une part du problème. Nous devons aller vers une démocratie profonde où les gens ont vraiment la possibilité de prendre des décisions.
Vous voulez un mouvement qui permette de sortir de la culture dominante de violence et de destruction. Mais face à la violence du système économique, des acteurs économiques, comment rester non-violents ?
Personne n’a mieux parlé du pouvoir de la non-violence que Gandhi. « Nous ne pouvons pas démanteler la maison du maître avec les outils du maître », a dit la poétesse américaine Audre Lorde [2]. Nous avons besoin d’outils différents. Ils doivent être non-violents, parce que la non-violence est plus soutenable, et qu’elle efface vos peurs. Ceux qui luttent de manière violente doivent se cacher tout le temps. Je préfère me tenir droite face aux multinationales pour leur dire ce que je pense d’elles. Agir « sans peur » est notre plus puissante arme. Et la non-violence crée également un soutien plus large. Et nous vivons à une époque où une poignée de personnes ne peut pas mener les batailles pour toute la société. C’est toute la société qui doit être engagée. Les actions non-violentes sont une invitation à toute la société à participer au combat.
Vous dites que dans la civilisation industrielle prédomine en permanence le vocabulaire de la guerre. Notre civilisation est-elle en état de guerre ?
Le paradigme dominant de la civilisation industrielle est définitivement un paradigme de guerre. Des scientifiques comme Newton ou Descartes ont créé ce cadre : tous enseignent la guerre de l’humanité contre la nature. Tout est défini à partir de cela. Les outils eux-mêmes sont liés à la conquête sur la nature. Regardez les noms des pesticides : Round Up, Scepto, Machete. Il est toujours question de « tuer ». Mais on ne peut pas gérer la vie à travers le meurtre. Un élément crucial du mouvement émergent est de faire la paix avec la Terre et la paix dans nos esprits. Et ce qui est beau, c’est qu’alors tout devient possible. Quand vous réalisez que tout est en relation, de nouvelles communautés peuvent être créées. Quand vous réalisez que nous sommes partie prenante de la Terre, de nouvelles opportunités de travail peuvent être créées. Si vous pensez que vous êtes en guerre, vous passez tout votre temps à la conquête violente. Cela demande beaucoup d’énergie, et détruit beaucoup. Et ça ne laisse pas de place pour l’humanité, et pour les autres espèces.
L’énergie nucléaire est-elle une dimension de cette guerre de l’homme contre la Terre et contre lui-même ?
Aux débuts de l’utilisation de l’atome, il y a la Seconde Guerre mondiale. Même quand il n’est pas question d’armes nucléaires, la technologie nucléaire est toujours guerrière. La fission de l’atome, c’est déjà une guerre. Utiliser la fission de l’atome pour faire bouillir de l’eau est d’ailleurs une stupidité. Et que dire de cette énorme quantité de déchets qui vont perdurer pendant 250.000 années ! Nous avons besoin de plus en plus d’énergie, pour maintenir la sécurité énergétique. C’est une guerre permanente. Le nucléaire est une guerre injustifiée et infondée contre la Terre et l’humanité. Fukushima a été un réveil. Cette catastrophe nous montre que nous ne sommes pas plus puissants que la nature.
La plus grande centrale nucléaire du monde est construite en ce moment en Inde, à Jaitapur, par Areva. Tout ce projet repose sur des subventions, y compris l’accaparement de terres fertiles. Et quand les habitants osent dire non, par des manifestations contre cette centrale, ils se font tuer. Personne ne peut protester. Les gens ne sont pas autorisés à se réunir. Tous les élus locaux ont démissionné, affirmant qu’ils n’ont plus aucune raison d’être s’ils ne peuvent pas se réunir pour prendre des décisions. Si vous allez à Jaitapur, vous verrez une zone de guerre. J’espère que les Français rejoindront les habitants de Jaitapur pour demander à Areva de se retirer de ce projet. Et nous pourrons alors vivre en paix.
Peut-on « réformer » notre civilisation ?
Tout d’abord, y aura-t-il une civilisation ? Nous avons deux options : soit continuer dans la voie actuelle et nous enfoncer dans une impasse. Une impasse économique, comme avec la Grèce ; politique, comme ce qui a mené au printemps arabe ; écologique, comme nous le voyons partout, quand les ressources naturelles sont volées aux peuples pour alimenter l’économie mondiale. La seconde voie que l’on peut suivre, c’est celle de la paix. Une paix qui n’est pas un signe de faiblesse, mais un signe de force. Ceux qui sont exclus aujourd’hui, ceux qui ne sont pas partie prenante de la guerre de conquête, joueront alors un rôle de leadership : les communautés indigènes, les jeunes, les femmes...
La construction de cette paix façonnera la nouvelle prospérité. Nous avons été fous de penser que plus il y aurait d’argent dans le monde, et dans les poches des banques, des grosses entreprises et des nouveaux oligarques, meilleure serait la société. La crise grecque est causée par des banques. Et les gens disent : « Basta ! Plus jamais ça ! Nous ne donnerons pas plus. » La réelle prospérité, c’est la santé de la nature et des humains. C’est une communauté forte où chacun peut prendre soin des uns des autres. La civilisation que nous devons construire est une civilisation de larges réseaux de communautés souveraines, organisées de manière autonome, et non dominées par un pouvoir centralisé, politique ou économique.
Voyez-vous des signes d’espoir aujourd’hui ?
Je vois des signes d’espoir partout où il y a une résistance. Chaque communauté en Inde qui se bat contre l’accaparement des terres, qui participe à notre mouvement Navdanya pour que les semences restent un bien public, tous ceux qui tournent le dos à l’économie suicidaire de Monsanto ou pratiquent l’agriculture biologique. Toute communauté qui se bat contre la privatisation de l’eau. Tout ce qui se passe dans les rues de Madrid, en Irlande, en Islande, en Grèce. Les résultats du référendum en Italie sur le nucléaire ou la privatisation de l’eau. Ce sont d’incroyables signes d’espoir. Ce qu’il faut maintenant, c’est une nouvelle convergence mondiale, de tous les combats. Et un déchaînement de notre imagination : il n’y a pas de limites à ce que nous pouvons construire.
Propos recueillis par Agnès Rousseaux
Vidéo : Nadia Djabali

Notes

[1] placé en 2001 sous l’égide de l’OMC était constitué d’une série de négociations portant principalement sur l’agriculture et l’accès des pays en développement au marché des prix agricoles. Aucun accord n’est survenu.
[2] « The master’s tools will never dismantle the master’s house »